Super Bowl LIII: Quoi de neuf?

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Il y a 17 ans, ces deux mêmes équipes se sont affrontées lors du Super Bowl XXXVI. Tom Brady n’était qu’à sa deuxième saison professionnelle et avait été propulsé dans le rôle qu’il occupe toujours aujourd’hui suite à la blessure du titulaire Drew Bledsoe en tout début de saison. Bill Belichick était lui aussi à sa deuxième saison avec les Patriots et, alors qu’il bénéficiait d’une solide réputation comme un des meilleurs coachs défensifs du circuit, voyait remettre en cause ses capacités de head coach suite à son expérience à la barre Cleveland Browns. En 2001, personne ne pouvait imaginer comment ce duo allait marquer l’histoire de la NFL : 5 titres de Super Bowl (avec 9 participations), 9 titres de conférence (AFC), 16 titres de division (AFC East) et une moyenne de matchs gagnés de 74% !

En embauchant Sean McVay avant son 31ième anniversaire en 2017, les Rams de Los Angeles ont fait de lui le plus jeune head coach dans l’histoire de la NFL. Choix judicieux, car seulement 24 mois plus tard les Rams sont à un match de leur premier titre NFL. McVay, comme Belichick, vient d’une famille de football. Son grand-père, John McVay était head coach des New York Giants (1976-1978) et plus tard cadre avec les 49ers (1980-1996). Aussi jeune soit-il, il a déjà plus de 10 années d’expérience dans le coaching au niveau NFL et a travaillé sous les ordres de coachs aguerris comme Jon et Jay Gruden ainsi que Mike Shanahan. Très tôt, McVay avait une idée claire de sa philosophie et de l’empreinte qu’il allait apposée à une équipe sous ses ordres. En acceptant le poste des Rams, il se joignait à une organisation qui possédait déjà, sans qu’il ait fait ses preuves, sa pièce maîtresse : un quarterback de 22 ans, choisi au premier rang du repêchage, bourré de talent et qui n’attendait qu’une chose : l’arrivé d’un coach qui allait conjuguer leurs avenirs dans un sort commun.

Dans le sport professionnel, Bill Belichick est une anomalie. Son succès de longue durée à la tête des Patriots est sans doute en parti la conséquence du support inconditionnel d’un propriétaire assez intelligent pour accorder à son coach une liberté de fonctionnement qui s’est avérée largement justifiée. C’est un des rares exemples dans le sport professionnel d’une direction bien accordée. Belichick assume ses décisions sportives sans la moindre préoccupation des perceptions extérieures. Ce qui peut paraître normal ne l’est plus du tout dans un ère où les lynchages médiatiques sont des plus communs – et Belichick est bien placé pour le savoir suite à son dénouement avec les Browns.

Cet homme de 66 ans a été exposé à l’art du coaching dès le plus jeune âge ; déjà à 10 ans il analysait des vidéos de match en compagnie de son père, Steve, un coach de carrière et pionnier dans le domaine du scouting de l’adversaire (NDLR En 1962 Steve Belichick a écrit le livre référentiel sur le sujet : Football Scouting Methods). Ses connaissances encyclopédiques de son sport, développées sur plus de 50 ans et aiguisées par la perspective d’un spécialiste en défense (car les meilleurs coachs sont des coachs défensifs) permet à Belichick de s’ajuster en fonction de tous les paramètres et de donner un véritable sens à la citation de Sun Tzu :

« Une formation militaire atteint au faît ultime quand elle cesse d’avoir forme. Sitôt qu’une armée ne présente pas de forme visible, elle échappe à la surveillance des meilleurs espions et déjoue les calculs des généraux les plus sagaces. »

Coach défensif de formation, Belichick utilise ses connaissances pour aiguiller les dirigeants de son attaque – il comprend plus que quiconque ce qui pose des problèmes aux unités défensives. Sous ses ordres, les Patriots exploitent tous les groupements de personnel en attaque : allant de formations sans runningback à des formations déployant trois tightends. Vous pouvez parier que si les tactiques dans la NFL tendent vers une direction, les Patriots tendront dans l’autre – être à la mode n’a jamais préoccupé l’homme aux pulls à manches coupées.

Par conséquent, alors que les Patriots ont un coordonnateur offensif excellent en la personne de Josh McDaniels, l’attaque est tout de même marquée profondément par les empruntes du head coach. Et quand son coordonnateur défensif de 6 saisons, Matt Patricia, a quitté l’an dernier pour devenir head coach des Detroit Lions, Belichick n’a même pas vu la nécessité de nommer un successeur…les figurants peuvent tourner mais tant que l’acteur principal est là…

Sean McVay est peut-être le plus jeune head coach dans la NFL mais il reconnaît la valeur de l’expérience, surtout du côté défensif.  Son coordonnateur défensif, Wade Phillips, possède 42 années d’expérience dans le coaching NFL et, tout comme Belichick et McVay, provient d’une famille où le football occupait le premier plan. Son père, Oail Andrew « Bum » Phillips a été head coach dans la NFL pendant une vingtaine d’années et a joué un rôle déterminant dans le choix de carrière de son fils Wade.

Alors ce match…

La capacité des deux unités défensives de freiner les attaques adverses décidera du sort du match – rien de révélateur ici mais les deux défis présentent des intrigues différentes. Depuis plusieurs années, suivant la vision de Belichick, l’attaque des Patriots peut prendre une forme différente d’une semaine à l’autre, en fonction des faiblesses de l’adversaire. Tout a son sens : le head coach décideur qui embauche des joueurs d’équipe capables de mettre en œuvre des plans de match élaborés : intelligent, robuste, fiable et techniquement compétent sont les premières qualités recherchées par le patron. En face, Phillips à son tour présentera une défense sans forme, un hybride qui ressemble parfois à un schéma 34 et d’autres fois à une 43. L’attaque des Patriots continue d’être efficace malgré l’usure et l’âge de leurs pièces maitresses ; serait-ce ce match où soudainement il leur manque un pas et ils entament la descente inévitable vers la médiocrité que tout le monde leur prédit depuis quelques années ? C’est tout ce que les partisans des Rams leur souhaitent ! Mais c’est l’autre confrontation qui présente le plus d’intérêt – celle entre le jeune head coach (et spécialiste offensif) prodigue des Rams et l’incontestable maitre défensif qu’est Belichick.

Spécificités

L’attaque des Rams utilise beaucoup de formation compressées, appelées Bunch ou Cluster dans le jargon des initiés. Ces formations posent des problèmes spécifiques aux défenses adverses. Premièrement, l’alignement proche des receveurs permet l’utilisation de tracés croisés qui sont difficiles à marquer en man to man. Mais encore plus important, ces formations présentent des défis importants sur les jeux au sol qui attaquent le coin de ligne : bloques en angle, bloques croisés, motions rapides, feintes de bloque et passe, tout est possible. Pour bien défendre ce schéma, il faut une défensive disciplinée et bien structurée. Déjà cette année, plusieurs équipes ont échoué lamentablement devant les feintes myriades des Rams.

Le jeu d’échecs

La force motrice de l’attaque des Rams est le outside zone – un jeu au sol qui attaque le coin de la défense tout en donnant la possibilité au porteur de balle de bifurquer selon les réactions défensives. Si une défensive doit tricher (modifier sa structure ou ses réactions) pour arrêter ce jeu, elle s’expose à tout un inventaire de jeux complémentaires que les Rams exploitent à merveille. Regardez juste une action des Rams contre les Lions cette année (Vidéo 1 et Illustration 1).

Rams Outside Zone

Les Lions sont en défensive man to man et utilise un front écarté (les deux tackles défensifs sont alignés sur l’extérieur des guards et le defensive end du côté des trois receveurs est aligné très large dans l’optique d’ancrer le coin de ligne). Les mouvements intérieurs de la part du tightend (pour bloquer) et du premier receveur (feinte de reverse) font suivre les défenseurs qui sont en man to man. Le seul receveur restant, anticipant man to man, ne fait que courir un tracé bidon pour éliminer le défenseur qui lui est assigné. Le guard droit domine la technique 3 et le tackle droit n’a qu’à bloquer le defensive end vers l’extérieur – personne ne met un doigt sur le runningback. Opter pour man to man contre ces formations serrées est parier sur la capacité du front à arrêter lui seul le jeu au sol et témoigne d’une confiance dans les capacités relatives de ses defensive backs contre les receveurs adverses. Opter pour zone est la solution conservatrice. C’est permettre à plus de défenseurs d’être impliquer dans la défense sol mais s’exposer au play pass (jeu de passe précédé par une feinte de course) – dans la deuxième vidéo regardez comment les linebackers sont affectés par la feinte et donc pas en mesure de défendre une passe qui attaque leur zone.

Rams Play Action

Conclusion

Coach Belichick a déjà élaboré son plan. Peut-être aurait-il déjà décidé que Jared Goff est le maillon faible et que pour gagner les Rams devront compter sur un match exceptionnel de sa part. Le Super Bowl : scène impitoyable qui sert comme rampe de lancement ou porte de sortie.

 

 

 


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